Archive for février 2013

Je pleure

27 février 2013

Je pleure de ne voir que tes chantiers jamais finis

 

Je pleure de ne voir que tes cafés prospérer

Je pleure de voir autant de détritus s’accumuler

Je pleure tant d’incompétents aux sommets

 

Je pleure tant d’ignorance, tant d’ennui

Je pleure de voir tant de gens désunis

Je pleure de te voir Ô mon pays anéanti

 

Je te pleure, ma Tunisie, bien aimée.

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Marchand de sable

27 février 2013

Je suis

allée chez

le marchand

de sable

mais il

n’avait plus

de sable

il n’avait

que des

pierres et

des gravats.

Rêves et Prémonitions – Barbu quand tu me tiens!

25 février 2013

Longtemps j’ai hésité avant d’écrire ceci*.

Je me baladais avec une amie à Carthage. Belles rues propres, verdure abondante, soleil Tunisien. Quand  tout à coup deux énergumènes assez effrayants se mettent à nous suivre. Moi et ma copine on accélère le pas. Les deux types nous prennent carrément en chasse. Une femme promenant son chien essaye de s’interposer, l’un des gars s’attaque au chien, et en serrant sa gueule entre ses mains, il lui tord le cou en utilisant les jambes. Puis ils courent à notre poursuite et nous atteignent rapidement, je vois l’un d’eux, en gros plan, il est tout près, horrible, barbu, effrayant, habillé à l’Afghane, je recule,  il tient un couteau que je vois grandir peu à peu dans mon champ de vision, bien aiguisé, il s’apprête à m’attaquer. Je refuse de vivre ça, je ferme les yeux et m’évanouis, c’est comme si je jetais un voile sur une scène horriblement cruelle et crue.

Peu après je me réveille dans un endroit dont je ne soupçonnais pas l’existence. Un endroit sordide, fermé. Je suis séquestrée avec beaucoup d’autres personnes. On se promène librement à l’intérieur de hautes murailles. Il n’y a aucun moyen pour fuir, il y a des gardes armés partout. Tous barbus et tous vêtus pareil. On se rend compte d’être dans une sorte de bunker. Pour la plupart, nous sommes des femmes, mais il y a quelques hommes aussi. Nous sommes asservis…

Je finis par m’habituer. Il ne me manque que mes deux fils. Même la femme au chien nous rejoint plus tard.

* : Ce rêve date de l’aïd El Kébir 2010 (Novembre). Je venais d’accoucher de mon second fils, j’étais chez ma mère pour l’Aïd. J’ai fait de drôles de rêves dont j’ignorais l’origine. 1 mois exactement avant l’incident qui allait déclencher la révolution. 2 mois exactement avant la fuite de Ben Ali. 1 an a peu prés avant l’arrivée des islamistes au pouvoir.

Extrait de La lignée du cheikh – La lettre de Tahar

21 février 2013

Voici un 3 ème extrait de La lignée du Cheikh, il s’agit ici d’une autre famille, établie à Sousse. Habib reçoit une lettre de la part de son jeune frère Tahar qui s’était enfui de la maison familiale, quelque temps auparavant, suite à un conflit avec leur père.  Personne n’a plus eu de nouvelles depuis. C’est le premier signe de Tahar envers sa famille. 

 

 

La veille du mariage de sa sœur, Habib reçut une lettre qui avait été postée en Allemagne. Il ne reçoit guère de lettres et s’en trouve surpris.  Il déchire fébrilement l’enveloppe et cherche la signature en bas de la lettre. C’était signé : ton frère Tahar. Habib se mit à lire avidement :

 

 » Cher Habib, comment vas tu, et père et mère, mes sœurs me manquent. Je suis vivant et je t’écris pour te raconter le pourquoi de mon si long silence.

La guerre, quelle horreur que la guerre, je l’ai vécu avec les yeux d’un enfant. Je ne savais pas qui était le coupable et qui était innocent. Et pourquoi nous combattions? Je savais seulement que j’avais été impliqué dans cette guerre malgré moi. A mon départ de Sousse des amis me donnèrent de quoi embarquer, j’accostais à Marseille. Une ville qui me rappela énormément mon enfance et les journées que je passais à déambuler sur le port, regardant aller et venir ces grands paquebots.

 

A mon arrivée, les français étaient en train de réquisitionner des hommes, des armes, des chevaux. Tout ce qui leur serait utile pour la guerre. On me proposa de combattre, et j’acceptais car j’étais assuré de pouvoir rester et d’avoir une situation acceptable en France. Sur le moment je ne me rendis pas compte des conséquences qu’aurait sur moi cette guerre. L’incompréhension, la culpabilité, l’étonnement, furent mes compagnons durant les combats. Nous étions presque tous des étrangers, et pour la plupart des adolescents. Moi j’avais quinze ans quand je suis parti. J’ai fait la guerre à quinze ans. Je pouvais mourir avant d’atteindre mes seize ans, mais cela je ne l’ai réalisé que plus tard. Beaucoup plus tard.  Je regrettais mon départ, je regrettais ma mère, mes sœurs et toi mon frère. Je regrettais même mon père, me disant que j’aurais pu régler tous mes conflits avec lui, sans avoir à en passer par là. Je craignais de ne plus vous revoir. Je combattais en tant qu’étranger pour des étrangers. Mais pourquoi? Je me suis posé cette question tous les jours sur les champs de bataille. Deux ans qu’ont duré les combats, mes combats. J’ai vu de tout. Des morts, des blessés, des infirmes, des membres arrachés, des cadavres pourrissant, des blessés graves gisant sur les champs, des fuites, des exécutions, du sang, partout du sang. L’odeur ne me quittait plus, je n’arrivais plus à m’en défaire. Il y’avait le sang et les râles, les râles et les gémissements, continus, incessants, de jour comme de nuit. Je n’oublierais jamais plus ça, j’en rêve toutes les nuits. Les seules nuits où j’arrive à dormir sont infestées de cauchemars. Longtemps nous restâmes dans les tranchées, des niches creusées dans la terre, tapissées de paille ou de ce qu’on avait sous la main,  où on dormait et où on passait nos journées dans l’attente de l’ennemi, d’un affrontement quelconque, le lancement d’une offensive, quelque chose. Quelques uns de mes compagnons furent enterrés vivants quand des obus nous tombaient dessus et que des mottes de terre étaient arrachées pour ensuite retomber sur les soldats surpris dans les niches. Nos tentatives pour les sauver  n’aboutissaient qu’une fois sur dix. Et j’imaginais leur souffrance, attendant sous terre que quelqu’un vienne les chercher.

La faim nous tenaillait presque tout le temps. Jamais on n’a mangé à notre faim. Parfois des paysans nous donnaient quelque morceau de pain par là, des pommes de terre par ci. Mais ils n’avaient plus rien eux même. Il ne manquait plus que les gens se mangeassent entre eux. Il paraît que certains ont mangé des cadavres d’animaux d’abord, de soldats ou d’autres personnes mortes de faim.

L’horreur de cette guerre fera toujours partie de moi. Rien désormais ne compte plus que ce que j’ai vécu, que ce que j’ai vu. Rien n’est important. Tout est néant. »

 

La lettre de Tahar se terminait sur cette note de détresse. Habib en avait les larmes aux yeux. Il replia la lettre et décida de n’en rien raconter à leur mère. Seulement que Tahar était vivant et qu’il avait écrit. Qu’il donnerait des nouvelles. C’était tout ce qu’il fallait lui raconter, ça la rendrait heureuse. Le reste la tuera peut être de chagrin.

 

Conte pour enfants – Le Zéro (ép 2)

19 février 2013

Un et Zéro filaient une parfaite entente et une amitié sans faille quand un de ces jours, alors qu’ils étaient assis en train de discuter, voici qu’apparût Deux.

N2

Deux n’était pas connu pour sa duplicité, il n’avait pas un langage double, au contraire il était franc et sincère. En voyant les deux amis, il s’en approcha et voulut engager la conversation. Mais Zéro avait déjà une autre idée :

-« Salut toi, veux tu devenir mon ami? »

-« Oui je veux bien être votre nouveau compagnon », répondit Deux.

-« Un a d’autres projets », répondit Zéro, « ce sera seulement toi et moi désormais ».

-« Dommage », dit Deux, « mais je suis quand même d’accord ».

Surpris et de nature timide, Un n’eut pas le temps d’intervenir, que Zéro prenait Deux par le bras et s’éloignait déjà.

Il était bien content de former un Vingt. Vingt c’est plus que Dix se disait-il intérieurement. A moi l’aventure.

N3

Un se trouva seul, et isolé. Il s’assit sous un arbre et se mit à pleurer de tristesse.

A suivre…

Ras le bol

18 février 2013

De toutes parts, les mêmes informations, les mêmes actualités, à un point tel que ce ne sont plus des actualités mais des ressassées. Guerre, viol, rapt, enlèvement, disparition, attaques, drones, soldats, morts, Palestine, Mali, religion, émeutes, manifestations, meurtre, exécution, crise, chômage, famine…Déforestation, pollution, épidémies, Sida, pandémies, braconnage, érosion, volcan, tremblements de terre, tsunami, inondations, tornades, cancer…

Où que tu regardes, quoi que tu lises, tu es assailli par des mauvaises nouvelles, venant des quatre coins du monde. Je suis lasse, fatiguée, anéantie par tant de désespoir, tant de cruauté, tant de bêtise parfois. J’aimerai vivre sur une île déserte. Mais je finirai par la repeupler, et tout recommencera. Depuis Adam et Eve, l’homme qu’a-t-il fait ? Semer le désespoir, semer le désarroi : esclavage, croisades, torture, guerres, inquisition, terrorisme. Je ne doute pas qu’il existe des gens de bonne foi, des résistants, des idéalistes, ou faudrait-il dire utopistes ?! Mais  ils sont minoritaires par rapport au pouvoir des grands, les puissants, ceux qui détiennent le pouvoir et qui deviennent forcément agents du mal. Je veux vivre seule, sur une péniche jetée en plein océan. J’aurai comme amis les dauphins et même, pourquoi pas, les requins. Et si quelqu’un avait le malheur de passer par là, j’appellerai mes requins et le jetterai en pâture.

Rédigé, d’un trait sans réfléchir…Soyez indulgents 🙂

Pour illustrer ce coup de gueule voici un collage que j’ai fait à partir de photos de tristesse, de guerre, de misère, d’incendies… Mais il y a aussi des photos qui n’ont rien à voir avec tout cela 🙂

 

miserere

La maison arabe – Dar Arbi

18 février 2013

Ce n’est pas spécifié dans le titre mais ce passage aussi est extrait de la Lignée du Cheikh

Les maisons de style arabe sont généralement construites sur un ou deux étages autour d’un grand espace à ciel ouvert de forme carrée appelé le patio, dans le style des haciendas andalouses, signe que les maures sont aussi passés par là. Le patio est le coeur de la maison, c’est là que se trouve la margelle qui recueille l’eau des pluies consommée pour la boisson, et la cuisine. C’est là aussi que l’on entretient quelques arbres fruitiers, des plantes fleuries et odorantes comme le jasmin ou le sambac dans des carrés de terre. C’est sur cette cour que toutes les pièces de la maison donnent. Dans deux ou trois angles du patio on retrouve des escaliers qui mènent aux pièces du deuxième étage. L’un des angles mène à la « skifa » sorte de corridor voûté qui conduit à la porte principale. La « skifa » peut être agrémentée sur le côté attenant à la porte d’entrée, d’une pièce meublée de bonnes proportions qui sert de chambre ou de vestibule d’accueil des visiteurs qui ne sont pas directement emmenés vers les pièces principales.

La maison arabe est intime, elle ne possède pas de façade qui donne sur la rue, aucune fenêtre non plus. Vue du dehors c’est un simple cube dénudé. Seule la porte principale forme la liaison entre intérieur et extérieur. Une fois cette porte franchie, -porte massive, en bois ouvragée pour les plus riches, simple pour les plus pauvres, pouvant s’ouvrir grandement sur deux pans, ou bien s’ouvrant seulement pour le passage d’une seule personne par l’intermédiaire d’une petite ouverture incrustée dans un des pans de la grande porte (« el khoukha »)- aucune information ne filtrait de la rue. Sur la porte il y a un heurtoir pour les visiteurs qui représente le plus souvent un poing fermé ou une tête de lion en fer forgé.

Cette architecture exprime tout à fait l’esprit et la culture mauresques. Tout se passe à l’intérieur, on ne fait que transiter dans les rues, les souks, les cafés, les commerces, les écoles et le reste. La vraie vie c’est chez soi qu’on la vit, protégée des regards extérieurs, close, renfermée, cachant les femmes et l’intimité aux regards étrangers, extérieurs. Toutes les femmes sont à l’intérieur tandis que les hommes entrent et sortent. Une maison arabe est assez vaste pour pouvoir accueillir deux ou trois générations.

La maison du Cheikh Mohammed se trouve dans le quartier de Bab Jedid. Le patio, centre de la maison, est très spacieux, de dimensions proportionnelles à la richesse de son propriétaire, et pavé de marbre. C’est la source principale de lumière et de soleil pour les pièces munies de portes et de moucharabiehs, sorte de grillage de jour en bois sculpté. Un bassin où l’eau coule d’une fontaine en marbre, entouré d’un citronnier, d’un grenadier et d’un oranger est au centre du patio. Sur chacun des quatre cotés sont cultivées toutes sortes de plantes, de fleurs et un jasmin majestueux, au milieu des branchages duquel perce la margelle. Un seau est posé sur un rebord qui sert à retirer l’eau du puits à chaque fois qu’on en a besoin. Un halleb* sur un plateau est posé sur l’autre côté du rebord, pour ceux qui veulent boire. Des arcades entourent le patio et protègent des galeries. Les différentes pièces d’habitation de la maison donnent sur ces galeries, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le soleil filtre ses rayons tout doucement dans les chambres. La deuxième étant l’existence des moucharabiehs.

Si nous entrons dans la pièce principale de la maison nous allons trouver toutes les commodités qui permettent à un personnage de passer entièrement ses journées ici.

Divan recouvert de soie et de broderies, lit à baldaquin se trouvant à l’extrémité de la pièce et encastré dans une alcôve, chaises ottomanes, tables incrustées de nacre, niches sur les parois des murs, plafond en bois ouvragé,  tableaux datant de l’époque ottomane, bibliothèque, coffres en bois de santal pour contenir les vêtements et les bijoux, tapis précieux sur le sol. Des objets de valeur entreposés ici ou là, des vases arabes,  des porcelaines chinoises, des petites tasses à café sur un plateau, des narguilés, des vasques en cuivre ou en porcelaine pour se laver les mains, des flacons de parfum en verre coloré finement ouvragés.

La pièce est formée de trois piécettes, deux de chaque côté de la porte d’entrée et une autre lui faisant face en forme de croix privée de sa branche inférieure. La pièce de gauche sert de chambre à coucher où le meuble principal est placé à l’intérieur d’une sublime alcôve, à moitié caché aux yeux indiscrets par de lourdes tentures. La pièce de droite est essentiellement composée d’une bibliothèque et agrémentée ici ou là par des chaises confortables et des tables d’appoint, tandis que la pièce d’en face forme une sorte de salon ou de pièce de réception intime.

* halleb : bol en poterie, nu ou décoré, utilisé pour boire, préserve la fraîcheur de l’eau.

Conte pour enfants – Le Zéro (ép. 1)

16 février 2013

Il était une fois  Zéro. Assez imbu de sa personne et toujours en quête de reconnaissance.

Un jour qu’il se promenait dans la forêt des chiffres et des lettres, il rencontra Un.

N1

Zéro voulait devenir plus important, plus connu, plus grand, il eût tout de suite une idée et s’adressa à Un.

-« Voudrais-tu devenir mon ami? » demanda-t-il, « Ensemble nous ferons Dix, et nous serons très forts ».

Un était unique pour sa gentillesse et aussi pour sa naïveté.

-« Pourquoi pas? » répondit-il. « Je suis d’accord ».

Et bras dessus  bras dessous, Un et Zéro s’en allèrent se promener en formant Dix.

N]

A suivre…

Extrait de La lignée du Cheikh – Malika aux courses

15 février 2013

Voici un autre extrait de la lignée du Cheikh. 

Il s’agit ici d’un autre passage dans le chapitre 3. Il se peut qu’un jour je réorganise tout cela en petits chapitres.  

 Malika est un autre personnage principal de l’histoire, elle travaille dans la maison du Cheikh. Arrivée chez lui encore enfant, elle est élevée parmi ses filles, ensuite devient une des nombreuses servantes.

 

Les servantes de la maison El Othmani ne sortaient guère plus de chez elles que la maîtresse de maison ou ses filles. Le cheikh tenait la maisonnée d’une main de fer, et ses femmes se faisaient toutes discrètes.

Néanmoins, ce matin là Malika sortit pour faire des courses. Mahbouba qui avait décidé de cuisiner un couscous pour ce midi, était à court de fèves. Le cheikh aimait les fèves dans son couscous, et Momo, le serviteur noir n’en avait pas ramené la dernière fois.

Une fois au souk Malika se rendit à la « Tahouna »* et se réapprovisionna en fèves, pois chiches et haricots séchés. De retour chez elle elle fût attirée par les étals de marchands de tissus, et s’en fût par ci, par là admirer les morceaux de soie, de satin, de crêpe, et de cotonnades. Il fût un temps où elle ne portait que de la grosse toile et avait droit à une robe par an, mais depuis son transfert chez les Othmani, elle s’habillait comme les filles du cheikh, et elle mettait leurs vieilles robes. Jamais encore elle n’avait acheté de tissu, ni cousu une robe qu’elle serait la première à porter. Et d’ailleurs elle n’avait pas de quoi acheter, elle était logée, nourrie, blanchie, « vêtue », mais ne recevait pas de gages. C’était un gage suffisant que d’avoir débarrassé d’elle son père. Mais pour le dernier « Aïd »**, le cheikh avait été généreux et gratifia ses servantes en leur offrant des pièces de monnaie. Malika se souvint qu’elle avait son argent sur elle et décida de se faire plaisir et de faire quelques emplettes.

Le souk était encombré de passants, marchands et étals aux couleurs chatoyantes. Chacun criait de son côté et essayait d’attirer les clients. En tenant son « safsari »*** d’une main, Malika touchait les tissus en essayant d’en apprécier la qualité. Après avoir parcouru ainsi une bonne partie du souk, elle choisit une pièce de cotonnade bleue fleurie qui ferait un bel ensemble « fouta et blousa »****, comme en portait sa maîtresse. Elle négocia avec le marchand qui fût très cordial, et elle s’offrit la pièce de tissu. Maintenant il lui fallait une chemise, elle s’enquit auprès du marchand et il lui indiqua une boutique où elle en trouverait de très bonne qualité. Elle se dirigea vers la boutique et choisit une chemise bon marché qui était agrémentée de dentelle au col et aux poignets. Finalement elle décida qu’elle avait trop tardé et s’empressa de repartir prendre le tramway pour rentrer à Bab Jedid*****.

Sur le chemin du retour elle aperçut une vieille femme aveugle s’apprêtant à traverser une rue, et qui avait l’air d’hésiter cependant. Elle s’empressa de lui offrir son aide. La femme est toute reconnaissante quand Malika lui propose de faire un bout de chemin avec elle, puisqu’elles vont dans la même direction. Au moment de se séparer la vieille femme retient Malika par le bras et lui dit :

-Merci ma fille, je sens que tu es issue d’une famille modeste, tu n’as pas connu ta mère, ni beaucoup les autres membres de ta famille. Mais tu vas t’élever ma fille, en épousant un homme respecté mais trop vieux pour toi. Tu auras un enfant, un seul, une fille. Et votre vie à toutes les deux ne sera pas facile tous les jours.

Malika s’étonne de cette tirade.

-Mais de quoi parles-tu, mère? demande-t-elle.

-Je parle de ton avenir ma fille, parfois je sais voir ce que les autres ne voient pas, même si je ne vois pas ce que tout le monde voit. Ce que je t’ai dit est la vérité. Tu t’élèveras par le mariage et ça ne fera pas plaisir à tout le monde. Mais c’est ainsi. Quant à ta progéniture, elle aura une vie difficile. Pardonne moi encore ma fille si ces paroles te font peur, ne crains rien, je voulais seulement te remercier en te dévoilant une partie de ta vie. Mais qui sait? Allah seul connaît l’avenir. Va ma fille! Rentre chez toi et laisse le destin prendre sa place.

Malika quitta la vieille bouleversée, et l’esprit occupé par ses révélations. Au bout de quelques jours, elle n’y pensa plus vraiment. Petit à petit le souvenir s’estompa, mais elle y repensera plus tard. Beaucoup plus tard.

* : une épicerie.

** : L’Aïd est une fête religieuse.

*** : Safsari un voile en soie ou coton que mettaient les femmes pour sortir.

**** : Un ensemble, un vêtement féminin fait d’un haut court et décolleté porté sur une chemise, et d’un morceau de tissu rectangulaire noué autour de la taille pour faire une longue jupe.

***** : un des quartiers de Tunis.

Portrait chinois

13 février 2013

Vous connaissez tous l’exercice du portrait chinois : il s’agit d’essayer de se décrire par métaphore. Par exemple, si j’étais un arbre, je serai un chêne, si j’étais un monument, je serai Notre Dame de Paris, etc…

Il en existe plusieurs variantes déjà prêtes, mais rien n’interdit de créer son propre portrait chinois.

Voici un portrait auquel j’ai répondu il y a quelques années, j’ai saisi mes réponses sans trop réfléchir. Je suis étonnée par la fraîcheur des réponses que j’ai donné, ainsi que de leur actualité parfois. Je me souviens que c’étaient des réponses spontanées et rapides. Il paraît que c’est ce qui permet de se découvrir le mieux.

Si vous essayez le même portrait, lâchez vous et répondez très vite. Vous aurez peut être des surprises. Le mieux c’est d’utiliser un magnéto, ensuite transcrire vos réponses.
C’est parti :

-Si Tu étais un défaut ?

Je serai la jalousie, celle-ci m’a rendue malade des fois, mais je ne l’ai plus éprouvée depuis un certain temps.

-Si Tu étais une injure ?

Co Co Connard, je sais pas je le dis souvent, surtout en voiture !
Salope pour les femmes.

-Si Tu étais une maladie ?

Je serai fatale pour ceux qui le méritent et bénigne pour les autres.

-Si Tu étais un accident ?

Je serai un accident d’avion entre deux énormes avions dans lesquels j’aurais casé tous les connards de ce monde.

-Si Tu étais une perversion ?

Aucune envie d’être une perversion. Je n’ai pas de goûts pervers, ni une perversion de goûts. Je ne suis pas perverse, et je ne veux pervertir personne. Les mots parfois sont pervers, mais pas moi !!! La folie est elle une perversion? Non la perversion est peut être une folie passagère donc je suis perverse en ce moment même !!! c’est fini maintenant!!!

Tout ça pour ne pas dire que je n’ai pas trouvé de perversion.

-Si Tu étais une guerre ?

J’aurais été la guerre de sécession pour abolir l’esclavage ! En fin, non, même pas celle là, ni une autre !
Certainement pas la guerre sainte, ni la guerre de cent ans, ni la guerre des deux roses, ni la guerre d’Algérie, ni celle d’un autre pays, La guerre des Etoiles peut être.

-Si Tu étais un vice ?

Je serais un vice caché. Ou une vis cachée.

-Si Tu étais une trahison ?

Ça ne fait pas partie de mon vocabulaire, ce mot !!! Les traîtres dans l’Histoire sont la pire des espèces, vils, ils ne méritent aucune considération. Voir ce qu’on a fait Dante dans son Enfer. Judas est le synonyme de traître. Je ne serai jamais une trahison.

-Si Tu étais une arme ?

Une arme blanche, une arme à poings, une arme à feu ? Une arme nucléaire, une arme biologique, une arme de DESTRUCTION MASSIVE?
Je suis contre !

-Si Tu étais un supplice ?

Je serai le cauchemar d’un bourreau !

-Si Tu étais une cicatrice ?

J’irai sur la face de tous les criminels, pour les faire repérer, où qu’ils soient.

-Si Tu étais un poison ?

Le Vert de Gris, qu’on ne décèle pas !!!

-Si Tu étais un salaud ?

Je serai une Salope plutôt !

-Si Tu étais un impôt ?

Un impôt sur la connerie humaine !!! Je serai milliardaire déjà !

-Si Tu étais une panne ?

Une panne de courant éternelle, j’adore le silence, les chandelles, pas de télé. Vous vous rendez compte, on sera amenés à abandonner, voitures, bus, métros, en revenir aux pieds et aux chevaux, les bicyclettes à la limite. Plus de télé, plus de radio, plus de ciné, on reviendra au théâtre et à l’Opéra, aux orchestres. On reviendra aux plaisirs simples, aux soirées autour d’un feu, avec une grand-mère ou un grand-père qui raconte des histoires. On aura plus de temps pour nous, pour nos familles, pour lire, pour d’autres occupations, que toutes ces occupations qui bouffent du courant et du temps !!!

-Si Tu étais un dictateur ?

Je serai Charlot !

-Si Tu étais une infirmité ?

-Ne pas pouvoir utiliser ma langue … de vipère parfois !

-Si Tu étais un assassin ?

Je serai Hannibal Lecter !

-Si Tu étais un microbe ?

Je serai un assassin !

-Si Tu étais une plaie ?

Je guérirai très vite.

-Si Tu étais un fléau ?

-J’anéantirai le Mal.

-Si Tu étais une torture ?

Je serai le cauchemar de celui qui torture, comme tout à l’heure !!!

-Si Tu étais une humiliation ?

Je me ferai subir à ceux qui m’ont humiliée.

-Si Tu étais un terroriste ?

Oussama au féminin, je serai Le fabuleux destin d’Amina l’ispèce de cougnasse !!! ( Les Guignols de L’info)

Non sérieux, je serai le grand Terroriste qui Terrorise les plus grands Terroristes, ceux qui le sont pour de bon, ceux qui le paraissent, ceux à qui personne n’ose dire « Vous êtes des terroristes! ». Je commencerai par certains présidents de républiques, et je finirai par les plus petits terroristes, s’ils ont encore des raisons pour agir!