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L’étranger.

3 janvier 2015

Je suis dans le métro à Paris

Je m’apprête à prendre un siège et sors mon livre de mon sac

Un livre m’accompagne toujours pour la route que je fais chaque jour, à l’aller et au retour.

Mais ce jour là je ne pus ni lire, ni suivre l’intrique, ni même ouvrir le livre.

En face de moi, et à côté d’un autre passager, un homme était assis.

Il lisait son journal.

Et moi je le scrutais, il ne se rendit pas compte de mon manège.

Il lui ressemblait tellement.

Même allure, même visage, même dégaine, presque les mêmes lunettes.

Même manière de se frotter le nez en lisant.

J’avais envie de l’embrasser.

Le même col roulé, sous un manteau en tweed.

Les idées se bousculaient dans ma tête.

Est-ce le manque, est ce moi, est ce mon imagination ?

Nous a-t-il quittés pour changer de vie ?

Comme ça il est en France !

Peut être en a-t-il eu marre de sa vie avec nous ?

Alors il est parti ?

Et comme ça je le retrouve par hasard, ici à Paris ?

Me reconnaîtrait-il?

Mes peurs et mes craintes enfantines refaisaient surface.

Mon père décédé brutalement alors que je n’étais qu’une enfant.

Je n’y crus pas, et m’imaginais d’autres choses : il nous a quittés, il est parti, il s’est évadé.

Sa vie avec nous devait lui peser, et il nous a abandonnés.

Les peurs d’un enfant sont presque toujours réalité.

Et l’adulte qu’il devient, n’oublie jamais.

Ni les joies, ni les peines, ni les craintes de celui qu’il était.

Tel fut mon cas par ce froid matin de Paris.

Toute mon enfance resurgit, et même si plus tard j’avais accepté,

Un espoir naquit en moi en voyant cet homme.

Après tout c’est peut être lui, et il vaut mieux ça que la perte à jamais.

Je le mangeais des yeux tout au long du trajet.

Et quand il descendit, je n’hésitais pas et le suivis.

Sortie du métro, je fis encore quelque pas derrière lui.

Les brumes du métro s’en étaient allées.

Le soleil une fois réapparu, le froid de la rue, les pavés de la ville,

Tout ceci me ramena à la réalité

Et en jetant un dernier regard à cet inconnu,  je me dis :

Non,  il est beaucoup plus petit.

Et le mien n’aurait pas fui.

Même pour vivre à Paris.