Archive for février 2015

Hassène

24 février 2015

Il y a quelque temps, j’ai perdu un ami. J’ai cogité pendant 20 jours, hier soir quand j’ai pensé écrire ceci (ou presque), j’ai finalement pleuré à chaudes larmes.

Ça fait un moment que tu es parti maintenant, presque un mois

Le temps est un traître

Je croyais que j’aurais le temps de venir te visiter

Je croyais que tu aurais le temps de te remettre

Et qu’on aurait le temps de se remettre à discuter

Tu ne peux pas savoir ce que nos échanges me manquent

La semaine de ta mort j’étais triste, déprimée, sur les nerfs, impatiente

Mais je ne le savais pas

Le jour de ton décès je parlais de toi à ma sœur aînée au téléphone

J’ai détourné la discussion pour qu’elle tourne autour de toi

Elle m’a dit : « Va le voir ! »

La veille du jour où j’ai appris ta mort, j’ai tweeté : « Pour pas crever jeune, il faut être méchant très tôt »

Le lendemain j’ai eu finalement le temps de venir te voir

Et en route vers l’hôpital j’ouvre la page qu’ont créée tes amis

Et je vois l’horrible nouvelle

Je reçois un coup de poing à l’estomac et un étau me serre le cœur

Tu étais parti

Pas eu le temps de te dire au revoir, ni à bientôt, ni Adieu, ni rien

Depuis je vivote aussi bien que mal

Je n’ai pas pleuré

J’ouvre Facebook et il te propose dans la liste d’amis connectés

Mais connecté, tu ne l’es plus

Pas selon nos codes en tous cas

J’écris un message et ton adresse apparaît en premier

A chaque fois l’effet d’un poignard dans le cœur

Pourtant tu n’es pas de ma famille

Ni de mes amis que je vois souvent

Nous n’avons pas été au lycée ensemble

Ni à la fac

Tu n’es pas de mes voisins.

Mais pourtant je t’aime comme un frère non imposé

Comme un ami très cher

Comme un confident des plus discrets

Comme un tendre, cher, affectueux compagnon

Avec toi on peut parler sans tabous

Sans limites, sans barrières, sans préavis, en étant tranquille

Serein, zen

Sachant que ton oreille ou la mienne gardera à jamais le secret

De ce qui s’est dit

Parfois tu me sollicitais, pour me raconter une histoire

Qui te pesait sur le cœur

Tu m’envoyais des photos de tes années de bonheur

Qui sont devenues aussi tes malheurs

On parlait ésotérisme, tarots, science fictions et extra terrestres

Comme on parlait de science, de Tesla et d’Einstein

De mathématiques et de physiques

Comme de Français et de didactique

Ton seul hic c’était la littérature

Tu préférais regarder à lire

Et j’en profitais bien, comme tous tes amis

Notre conseiller en cinéma qu’on t’appelait

Tu étais tellement à la page qu’on ne pouvait te rattraper

J’ai encore dans ma liste de films, une dizaine que tu m’as conseillés et que je n’ai pas encore regardés.

Je te parlais de mes soucis

De mes conflits avec mon mari

Des drôleries et diableries de mes petits

Tu rigolais bien de leurs facéties

Et moi, secrètement, je souhaitais te voir fonder une famille

Avoir du travail et vivre ta vie

Maintenant que tu es parti,

A qui vais-je me confier ?

Le vide que tu as laissé ne peut être comblé

Si tu me fais cet effet à moi

Je n’ose imaginer la vie de ta mère après toi

Tu devais dîner chez moi

« Un de ces jours » comme on dit souvent

Mais ça ne s’est pas fait

Tu t’excusais en disant « Je ne veux abandonner ma mère ce soir »

Tu devais amener Kenzo aussi

Je t’aurais préparé des spaghettis, sans viande

Avec une sauce abondante

Comme tu les aimais

Et une pizza de mon invention

Et des frites, pourquoi pas

Dorées et croustillantes

Des plaisirs de tous les jours

Pas très sains, mais, et puis après ?

Ce n’est pas ça qui t’as tué.

Ni la cigarette d’ailleurs !

Je me console en me disant que tu ne peux être qu’au Paradis

Un Paradis que j’imagine créé spécialement pour toi

Un Paradis où tu as un écran super méga géant

Non pas en 3D mais en dimensions de la réalité

Où tu peux regarder les dernières créations et même celles qui n’ont pas encore été créées

Où tu peux tapoter sur l’épaule de Bruce Willis

Et je vois ce dernier se tourner vers toi et te demander :

« Hassene, tu viens écrabouiller du méchant avec nous ? »

Tu verras finalement Interstellar comme si tu y étais

Tandis qu’ici bas on attend encore une copie correcte

Un Paradis où tu seras entouré d’animaux, ta passion

Chats, chevaux, oiseaux et surtout des chiens

Valides, ou estropiés, mais heureux de te retrouver

Parmi eux Kenzo tout à la joie de te revoir et de dormir à nouveau dans tes bras

Un Paradis où tu auras une moto

Une belle bête au design rétro mais à la technologie ultra moderne

Je ne m’y connais pas beaucoup mais ce sera une machine « infernale »

Que tu chevaucheras pour parcourir les routes les plus belles

En portant le blouson de Gosling dans Drive

-Autre chose que j’avais promis de te dénicher-

Et visiter les pays les plus lointains

Tu auras tous les appareils photo qui te faisaient envie

Les plus anciens et les derniers-cri

Grâce auxquels tu immortaliseras des paysages surréels

Tu auras la mer à toi tout seul, belle, claire, cristalline

Les vacances dont tu as toujours rêvé

La nature belle et intacte, et non contaminée

Tu ne verras pas ce que tu n’auras pas envie de voir

Ni subiras ce que tu ne devais subir

Ton père, tu le retrouveras

Il y aura la musique des années 80

Et Michael Jackson en personne animera une soirée pour toi

Tu ne souffriras point

Tu nous attendras

C’est le moins que je puisse imaginer pour toi

En espérant que je sois bien en dessous de la réalité

Moins que ça je n’accepterai pas pour toi

Dors en paix Hassene et ne nous oublie pas.

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