Archive for juillet 2015

La lune, la brise et le village

3 juillet 2015

Il était une fois un village, tranquille, qui ne connaissait pas d’évènement majeur, ni cataclysme, ni inondation, ni peste, ni ouragan. Un jour il se mit soudain à faire chaud, très chaud, anormalement chaud. Les villageois attendirent le soir, qu’une brise fraîche puisse les soulager mais elle ne vint pas. Le lendemain il fit encore plus chaud. Les villageois se cantonnèrent dans leurs chaumières et nul ne sortit travailler les champs, ni conduire le bétail aux pâturages, ni les femmes faire leur lessive et l’étendre au soleil, ni rien. Le soir ils sortirent de leurs maisons comme des fauves de leurs tanières, éprouvés par la chaleur sèche.  Quand soudain un homme regarda dans le ciel et s’exclama :

-Mais où est la lune ?   Elle devrait pourtant être pleine ce soir !

-Oui, dit un autre, il y a à peine une quinzaine, c’était la nouvelle lune.

-Il n’y a pourtant pas de nuages, renchérit un troisième.

-Ni étoiles, dit un autre. Regardez. Il pointait son doigt vers le ciel.

Les villageois s’inquiétaient. Le ciel était effectivement vide de tout astre connu ou inconnu. Aucun nuage non plus. Et la chaleur qui ne cessait d’augmenter.

-C’est Dieu qui nous punit, dit le sage du village. Il faut retrouver la lune.

-Mais comment ? questionna l’un d’entre eux.

-Nous allons demander au vent de la chercher, dit la femme du chef. Le chef du village n’étant pas le sage et n’ayant pas parlé jusqu’ici.

-Comment ?

-Nous allons faire une prière commune, répondit encore la femme.

Le sage semblant être d’accord avec cette idée tous les villageois s’agenouillèrent et commencèrent à prier, chacun pour soi, essayant d’invoquer le vent.

Quand tout à coup une légère brise se leva.

-Je suis là, dit le vent. Et je vous ai entendus. Que me donnerez vous si j vous ramène la lune.

-Une chèvre, proposa un villageois nanti.

-Des légumes, dit un autre.

-Du blé, dit un troisième.

-Les bijoux de toutes les femmes du village, proposa la femme du chef.

Et ainsi de suite. La brise attendit que les propositions cessent.

-Je n’ai que faire de vos babioles, dit la brise. Ni de vos légumes, ni de votre bétail, vous savez tous que je ne me pare pas, ni me nourris.

-Que veux-tu alors ? lui demandèrent-ils.

-Je veux la garantie que vous me laisserez souffler de temps en temps et que vous ne m’invoquiez pas, que je vienne vous rafraîchir. Je veux aller voir d’autres contrées et d’autres villages. D’autres cieux que le vôtre.

Le sage renifla une mauvaise affaire, mais les villageois s’empressèrent d’accepter, surtout qu’ils ne perdaient pas leurs précieuses victuailles et autres babioles.

La brise s’en fût, laissant tomber sur le village une vague de chaleur similaire à une chape de plomb. Elle traversa les champs, monta les collines, traversa les rivières, se trouva au sommet de montagnes, s’imprégnant des senteurs des arbres et de la végétation, elle voyagea longtemps et chaque nuit elle guettait la lune. Jusqu’à ce qu’elle atteigne une contrée lointaine, au milieu de l’océan. Elle attendit le coucher du soleil et quand la nuit tomba elle vit la lune suivie de tous les astres, plonger dans l’océan et en ressortir comme pour prendre un bain.

-Ô lune, dit la brise. Pourquoi as-tu quitté notre village ?

-Mais, cela me semble évident, répondit celle-ci. Il y fait très chaud depuis quelque temps et j’ai décidé de prendre des vacances.

-Mais reviendras-tu ?

-Bien sûr, je ne peux m’éterniser et puis mon mouvement est réglé, je ne peux m’absenter longtemps.

-Bien, dit la brise, car les villageois sont inquiets et tu leur manques. Ils croient que c’est Dieu qui les punit.

-Ils sont si simples d’esprit, dit la lune, ils ne comprennent pas ce qui leur échappe. Mais ils sont gentils. D’ailleurs j’y retourne de ce pas.

Et en plongeant une dernière fois dans la fraîcheur bienfaisante de l’océan, accompagnée de tous les astres, la lune revint au village toute dégoulinante et apporta la pluie. Les villageois en furent tous contents. Non seulement leur lune et les étoiles étaient revenues, mais en plus il pleuvait une eau salée très fraîche. Si bien qu’ils firent la fête jusqu’au matin.

Mais la brise ne revint pas. Elle avait pris goût à la liberté acquise et abandonna le village une fois pour toutes. En laissant la porte ouverte aux vents violents et autres ouragans.

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Histoire de chiffres pas toujours d’accord

1 juillet 2015

Un jour le 1, le 2, le 3, le 4… et le 9 étaient réunis en train de discuter qu’ils virent arriver une nouvelle figure qu’ils ne connaissaient pas, toute ronde et lisse, sans angles.

-Qui es tu ? demanda le 2.

-Je suis le zéro, un nouveau chiffre.

-Et que veux-tu ?

-Je veux me joindre à vous, répondit-il.

-Mais quelle est ton utilité ?

Je signale ici que c’est toujours le 2 qui parlait pour les autres.

-Oh, je suis très utile, avec moi vous pouvez constituer des nouveaux nombres, dont vous n’aviez pas idée, des chiffres ronds, des dizaines, des centaines, des milliers et plus encore.

Les autres chiffres se concertèrent, ils formèrent un cercle et discutèrent entre eux.

-Pour négocier avec lui, il nous faut un médiateur dit le 1.

-Oui mais qui ? demanda le 6.

-Moi proposa le 5, je suis un bon médiateur, je me trouve au milieu, y en a 4 avant moi et 4 après moi.

-Quelle idée ! ricana le 9, ça devrait être moi le médiateur, je suis le plus grand, donc le plus vieux, je devrai vous représenter.

-Tu es tellement vieux que tu n’as plus toute ta tête, dit le 1. Je suis le mieux placée, le premier, je divise tous et aucun d’entre vous ne me divise. Je devrais être votre Président.

-C’est quoi cette histoire de diviser, dit le 2. Arrête tes stupidités, toi ajouté à toi ça fait moi, je suis alors mieux placé que toi selon ce point de vue.

-Et moi alors ? dit le 3, je suis un chiffre sacré pour beaucoup de religions.

-Ah le sacré, tais toi ! dit le 7, moi je suis un symbole de tout un pays et ça a duré 23 ans.

-En termes de perfection je suis le mieux placé dit le 8. Regardez ma ligne, je suis parfait, une ligne continue sans accrocs et sans angles et j n’ai ni début, ni fin, d’ailleurs couché, je représente l’infini.

-Vous me faites rire dit le 6 qui se balançait sur sa base. Moi aussi je suis joli et je peux même vous confondre en me retournant sur ma tête.

-Tu ne confonds personne, dit le 9 et surtout pas moi.

Le 4 n’avait pas encore parlé, il se tordait encore les méninges pour trouver une formule.

-Bon alors ? cria le zéro. Avez-vous trouvé une solution ? Si vous n’avez pas besoin de moi je peux aller proposer mes services à quelqu’un d’autre.

-Toi ? Tes services ? Mais à quoi sers-tu ? Tu es nuuuuuuuul. D’ailleurs on peut rentrer d’un te tes côtés et sortir de l’autre ça n’ajoutera rien et n’enlèvera rien à notre valeur dit le 2.

-D’accord, dit le 0, je vais aller voir si ça peut intéresser les indiens.

-C’est ça oui, dit le 9, mais je te conseille de faire un régime d’abord.

Et c’est comme ça que le 0 s’en fut, et ne revint jamais laissant les chiffres arabes plongés dans des discussions sans fin et jamais d’accord sur quoi que ce soit.