Archive for the ‘Conte’ Category

Le lion, le loup et le renard.

22 mars 2017

Il était une fois, et une fois n’est pas coutume, justement, un lion, un loup et un renard qui s’étant acoquinés, on ne sait comment, voguaient ensemble depuis un certain temps, pour chercher leur pitance et quelque fois discuter comme de vieux copains.

Mais la confiance ne régnait pas, loin de là. Le loup et encore plus le renard se méfiaient pas mal de leur acolyte, connu dans le monde animal par son égoïsme impitoyable.

Un jour qu’ils avaient tous trois terriblement faim, ils tombèrent comme par magie sur un autre trio un peu moins surprenant : un âne, un mouton, et un coq, occupés l’un à picorer ici et là,  et les autres à paître l’herbe alentour.

Le lion se tourna vers ses camarades et dit :

-Comment voyez-vous le partage mes chers amis?

Le loup, tout imbu de lui même et trop tenté par la pitance pour se méfier et mieux réfléchir avant de parler, avança et répondit :

-Je vois, que vous le plus fort d’entre nous trois, devriez manger l’âne. Moi qui viens en deuxième position en force et en taille, je devrais me régaler avec le mouton, tandis que notre petit ami, là -en désignant dédaigneusement le renard- devrait se contenter du coq.

Mécontent le lion n’y alla par quatre chemins, et trancha d’un coup de griffe la tête du loup qui dégringola vers le renard.

-Et toi, renard, que me proposes tu?

Le renard encore tout tremblant de la scène qui venait de se jouer devant lui, s’éclaircit la gorge et dit :

-Je vois sire, que ce matin, vous devriez vous mettre en bouche avec le mouton. A midi et quand vous serez en appétit, vous déjeunerez avec l’âne. Et ce soir, avant de vous coucher, je vous préparerai une bonne soupe légère avec le coq, qui ne vous dérangera pas l’estomac.

Le lion, satisfait mais étonné :

-Bravo renard, tu es bien avisé, où as tu appris cette manière de partager?

-Je viens de l’apprendre sire, grâce à la tête du loup qui roula entre mes pattes!

La lune, la brise et le village

3 juillet 2015

Il était une fois un village, tranquille, qui ne connaissait pas d’évènement majeur, ni cataclysme, ni inondation, ni peste, ni ouragan. Un jour il se mit soudain à faire chaud, très chaud, anormalement chaud. Les villageois attendirent le soir, qu’une brise fraîche puisse les soulager mais elle ne vint pas. Le lendemain il fit encore plus chaud. Les villageois se cantonnèrent dans leurs chaumières et nul ne sortit travailler les champs, ni conduire le bétail aux pâturages, ni les femmes faire leur lessive et l’étendre au soleil, ni rien. Le soir ils sortirent de leurs maisons comme des fauves de leurs tanières, éprouvés par la chaleur sèche.  Quand soudain un homme regarda dans le ciel et s’exclama :

-Mais où est la lune ?   Elle devrait pourtant être pleine ce soir !

-Oui, dit un autre, il y a à peine une quinzaine, c’était la nouvelle lune.

-Il n’y a pourtant pas de nuages, renchérit un troisième.

-Ni étoiles, dit un autre. Regardez. Il pointait son doigt vers le ciel.

Les villageois s’inquiétaient. Le ciel était effectivement vide de tout astre connu ou inconnu. Aucun nuage non plus. Et la chaleur qui ne cessait d’augmenter.

-C’est Dieu qui nous punit, dit le sage du village. Il faut retrouver la lune.

-Mais comment ? questionna l’un d’entre eux.

-Nous allons demander au vent de la chercher, dit la femme du chef. Le chef du village n’étant pas le sage et n’ayant pas parlé jusqu’ici.

-Comment ?

-Nous allons faire une prière commune, répondit encore la femme.

Le sage semblant être d’accord avec cette idée tous les villageois s’agenouillèrent et commencèrent à prier, chacun pour soi, essayant d’invoquer le vent.

Quand tout à coup une légère brise se leva.

-Je suis là, dit le vent. Et je vous ai entendus. Que me donnerez vous si j vous ramène la lune.

-Une chèvre, proposa un villageois nanti.

-Des légumes, dit un autre.

-Du blé, dit un troisième.

-Les bijoux de toutes les femmes du village, proposa la femme du chef.

Et ainsi de suite. La brise attendit que les propositions cessent.

-Je n’ai que faire de vos babioles, dit la brise. Ni de vos légumes, ni de votre bétail, vous savez tous que je ne me pare pas, ni me nourris.

-Que veux-tu alors ? lui demandèrent-ils.

-Je veux la garantie que vous me laisserez souffler de temps en temps et que vous ne m’invoquiez pas, que je vienne vous rafraîchir. Je veux aller voir d’autres contrées et d’autres villages. D’autres cieux que le vôtre.

Le sage renifla une mauvaise affaire, mais les villageois s’empressèrent d’accepter, surtout qu’ils ne perdaient pas leurs précieuses victuailles et autres babioles.

La brise s’en fût, laissant tomber sur le village une vague de chaleur similaire à une chape de plomb. Elle traversa les champs, monta les collines, traversa les rivières, se trouva au sommet de montagnes, s’imprégnant des senteurs des arbres et de la végétation, elle voyagea longtemps et chaque nuit elle guettait la lune. Jusqu’à ce qu’elle atteigne une contrée lointaine, au milieu de l’océan. Elle attendit le coucher du soleil et quand la nuit tomba elle vit la lune suivie de tous les astres, plonger dans l’océan et en ressortir comme pour prendre un bain.

-Ô lune, dit la brise. Pourquoi as-tu quitté notre village ?

-Mais, cela me semble évident, répondit celle-ci. Il y fait très chaud depuis quelque temps et j’ai décidé de prendre des vacances.

-Mais reviendras-tu ?

-Bien sûr, je ne peux m’éterniser et puis mon mouvement est réglé, je ne peux m’absenter longtemps.

-Bien, dit la brise, car les villageois sont inquiets et tu leur manques. Ils croient que c’est Dieu qui les punit.

-Ils sont si simples d’esprit, dit la lune, ils ne comprennent pas ce qui leur échappe. Mais ils sont gentils. D’ailleurs j’y retourne de ce pas.

Et en plongeant une dernière fois dans la fraîcheur bienfaisante de l’océan, accompagnée de tous les astres, la lune revint au village toute dégoulinante et apporta la pluie. Les villageois en furent tous contents. Non seulement leur lune et les étoiles étaient revenues, mais en plus il pleuvait une eau salée très fraîche. Si bien qu’ils firent la fête jusqu’au matin.

Mais la brise ne revint pas. Elle avait pris goût à la liberté acquise et abandonna le village une fois pour toutes. En laissant la porte ouverte aux vents violents et autres ouragans.

Histoire de chiffres pas toujours d’accord

1 juillet 2015

Un jour le 1, le 2, le 3, le 4… et le 9 étaient réunis en train de discuter qu’ils virent arriver une nouvelle figure qu’ils ne connaissaient pas, toute ronde et lisse, sans angles.

-Qui es tu ? demanda le 2.

-Je suis le zéro, un nouveau chiffre.

-Et que veux-tu ?

-Je veux me joindre à vous, répondit-il.

-Mais quelle est ton utilité ?

Je signale ici que c’est toujours le 2 qui parlait pour les autres.

-Oh, je suis très utile, avec moi vous pouvez constituer des nouveaux nombres, dont vous n’aviez pas idée, des chiffres ronds, des dizaines, des centaines, des milliers et plus encore.

Les autres chiffres se concertèrent, ils formèrent un cercle et discutèrent entre eux.

-Pour négocier avec lui, il nous faut un médiateur dit le 1.

-Oui mais qui ? demanda le 6.

-Moi proposa le 5, je suis un bon médiateur, je me trouve au milieu, y en a 4 avant moi et 4 après moi.

-Quelle idée ! ricana le 9, ça devrait être moi le médiateur, je suis le plus grand, donc le plus vieux, je devrai vous représenter.

-Tu es tellement vieux que tu n’as plus toute ta tête, dit le 1. Je suis le mieux placée, le premier, je divise tous et aucun d’entre vous ne me divise. Je devrais être votre Président.

-C’est quoi cette histoire de diviser, dit le 2. Arrête tes stupidités, toi ajouté à toi ça fait moi, je suis alors mieux placé que toi selon ce point de vue.

-Et moi alors ? dit le 3, je suis un chiffre sacré pour beaucoup de religions.

-Ah le sacré, tais toi ! dit le 7, moi je suis un symbole de tout un pays et ça a duré 23 ans.

-En termes de perfection je suis le mieux placé dit le 8. Regardez ma ligne, je suis parfait, une ligne continue sans accrocs et sans angles et j n’ai ni début, ni fin, d’ailleurs couché, je représente l’infini.

-Vous me faites rire dit le 6 qui se balançait sur sa base. Moi aussi je suis joli et je peux même vous confondre en me retournant sur ma tête.

-Tu ne confonds personne, dit le 9 et surtout pas moi.

Le 4 n’avait pas encore parlé, il se tordait encore les méninges pour trouver une formule.

-Bon alors ? cria le zéro. Avez-vous trouvé une solution ? Si vous n’avez pas besoin de moi je peux aller proposer mes services à quelqu’un d’autre.

-Toi ? Tes services ? Mais à quoi sers-tu ? Tu es nuuuuuuuul. D’ailleurs on peut rentrer d’un te tes côtés et sortir de l’autre ça n’ajoutera rien et n’enlèvera rien à notre valeur dit le 2.

-D’accord, dit le 0, je vais aller voir si ça peut intéresser les indiens.

-C’est ça oui, dit le 9, mais je te conseille de faire un régime d’abord.

Et c’est comme ça que le 0 s’en fut, et ne revint jamais laissant les chiffres arabes plongés dans des discussions sans fin et jamais d’accord sur quoi que ce soit.

Le roi et la montagne

15 juin 2015

Il était une fois un roi qui savait parler à la montagne.

un jour qu’il n’avait pas spécialement grand chose à faire, le roi se rendit au pied de la montagne et dit :

-Qui est le plus grand, Ô montagne, toi ou moi?

-Moi, répondit la montagne sans hésiter.

-Et qui est le plus puissant, toi qui ne bouge pas, ou moi le roi de cette magnifique contrée et des contrées voisines?

-Moi, répondit encore la montagne.

-Est ce que tu peux m’écraser? demanda encore le roi.

-Non, répondit la montagne, je n’ai pas de pied.

Le roi rentra dans son palais et convoqua tout de suite le chef de toutes ses armées.

-Tu vas réquisitionner tous les hommes de la ville en âge de travailler, de 10 à 60 ans, en plus de tous les soldats ainsi que les habitants de tous les villages voisins, et ils vont creuser, frapper la montagne et prendre tous les débris et les éparpiller ailleurs. Chacun sera payé un sou par jour. Tu me rendras compte le jour où le travail sera achevé.

Stupéfait, le chef des armées s’exécuta tout de même.

Le lendemain tous les habitants de la ville et de ses environs, ainsi que tous les soldats étaient à l’oeuvre. Ils commencèrent par le sommet. Certains brûlaient les arbres et la végétation, d’autres piochaient la terre pour l’adoucir, d’autres remplissaient de grands couffins avec leurs pelles et les plus costauds les transportaient pour les éparpiller.

Tous les jours dès le lever du soleil jusqu’à son coucher, les hommes travaillaient. Certains moururent à la tâche. D’autres naquirent, pendant que les femmes trimaient seules dans leurs maisons, préparant les repas de tous les hommes de la montagne.

Tout le monde était payé un sou par jour sur les trésors du royaume. Certains en étaient contents, car ils n’en gagnaient pas plus habituellement, d’autres mécontents car ils étaient bien lotis auparavant.

Cinq ans passèrent quand le chef des armées se présenta au roi :

-Le travail est achevé, votre majesté.

Le roi enfourcha son destrier et se rendit à l’ancien emplacement de la montagne, sauf que de montagne rien ne subsistait. Seulement une grande étendue aride.

Tout fier de lui et plein d’orgueil et de satisfaction il reprit le chemin du palais, quand soudain, il aperçut une haute montagne dont il n’avait pas connaissance. Il s’y dirigea.

-Alors qui est le plus grand de nous deux? demanda la nouvelle montagne.

-Toi, répondit le roi dépité.

-Et qui est le plus puissant?

-Moi répondit le roi, je t’ai écrasée.

-Tu as juste réussi à me déplacer, non sans avoir paralysé ton royaume en utilisant tous les hommes en âge de travailler, et en mettant à mal à la fois ton pays et tes trésors. Et sire, laisse moi te dire,

un jour viendra où tu mourras,

et tu seras enterré ici-bas,

et c’est moi qui t’écraserai,

par mon éternité.

Conte pour enfants – Le Zéro (ép 2)

19 février 2013

Un et Zéro filaient une parfaite entente et une amitié sans faille quand un de ces jours, alors qu’ils étaient assis en train de discuter, voici qu’apparût Deux.

N2

Deux n’était pas connu pour sa duplicité, il n’avait pas un langage double, au contraire il était franc et sincère. En voyant les deux amis, il s’en approcha et voulut engager la conversation. Mais Zéro avait déjà une autre idée :

-« Salut toi, veux tu devenir mon ami? »

-« Oui je veux bien être votre nouveau compagnon », répondit Deux.

-« Un a d’autres projets », répondit Zéro, « ce sera seulement toi et moi désormais ».

-« Dommage », dit Deux, « mais je suis quand même d’accord ».

Surpris et de nature timide, Un n’eut pas le temps d’intervenir, que Zéro prenait Deux par le bras et s’éloignait déjà.

Il était bien content de former un Vingt. Vingt c’est plus que Dix se disait-il intérieurement. A moi l’aventure.

N3

Un se trouva seul, et isolé. Il s’assit sous un arbre et se mit à pleurer de tristesse.

A suivre…