Témoignage 4

18 mai 2016

Là je devais encore attendre, il devait être minuit ou une heure du matin. Il faut dire que ça faisait peut être 48 heures que j’étais déconnectée. Entre-temps, un ami arriva, le cousin de mon ex qui m’appréciait beaucoup. Entre lui et Aïda je ne me sentais pas seule, mais j’étais dans un état second. Et une fois que j’avais compris et intégré la chose, je me laissais plus ou moins faire, ma résistance fléchissait. La première défaillance vint quand j’eus envie d’aller aux toilettes. Ahmed m’y emmena-toute honte ou fausse pudeur n’avait pas lieu d’exister- mais l’effort du pipi m’acheva, je m’évanouissais sur place.

Je me réveillais, j’étais dans une chambre et une femme s’affairait autour de moi à me laver avec une éponge, et m’épiler avec un rasoir. Je frissonnais, j’avis froid, je suais, toutes mes sensations étaient bizarres, faussées. Je me souviens que la dame avait l’air typée -comme ils disent là bas-, et effectivement elle me dit s’appeler Zina et me souhaita bonne chance en partant.

Tout de suite après elle fût remplacée par une infirmière qui vint me sucer le sang (façon de parler, elle me retira du sang), en m’expliquant que ce serait nécessaire pour avoir mon type et pour me le réinjecter au cas où on en manquerait (mais qu’est ce que j’en ai à foutre, bon sang, faites ce que vous avez à faire et laissez moi tranquille). Pourquoi se sentaient ils obligés de me raconter leurs vies, hein ?

Il devait être 4h, ou 3h du matin. Je n’en avais aucune idée. Le reste de la nuit se passa dans un brouillard. Le matin le médecin vint me voir et m’informa que j’étais la deuxième sur sa liste après une autre urgence. (Moi qui croyais être ce qu’il y avait de plus urgent, il faut croire qu’il y avait pire, ou pas ?)

On commence à me préparer, peut être vers 10 h du matin. Un type s’approche de moi :

– « C’est vous la Tunisienne ? »

J’acquiesce, car je ne parlais plus. Il m’embrasse sur le front.

– « Je suis le Dr Taïeb, et je suis d’origine Tunisienne, je serai votre anesthésiste, bonne chance ma belle ».

J’en avais les larmes aux yeux. Un juif tunisien, solidaire avec une tunisienne musulmane, vierge de 28 ans. Il fut le seul à ne pas m’en faire la remarque.

On m’emmène au bloc, et pfiiiiiiiiiiiiiiiit, ma mémoire est vaporisée à partir de cet instant. Oh, si un souvenir quand même, l’anesthésiste qui me dit de commencer à compter, je le regarde d’un air dédaigneux (est ce que j’ai l’air de pouvoir compter ?). Résultat, il se met à compter tout seul et moi je ferme les yeux pour lui et flop, je suis plus là.

Il paraît que ça a pris des heures, des plombes.

Témoignage 3

18 mai 2016

Et comme ça d’hôpital en hôpital, d’un médecin à l’autre, mes tribulations durèrent une dizaine de jours. Jusqu’à ce qu’un jeune externe à Saint Antoine, -qui après s’être bien foutu de ma gueule avec sa clique qui n’en revenaient pas que je fusse encore vierge-me mit en garde contre l’appendicite, me disant que probablement j’aurais des nausées, ou vomissements en même temps que des ténesmes (impossibilité de faire quoi que ce soit aux toilettes alors qu’on en a vachement envie). Et c’est ce qui m’arriva les jours suivants.  Le temps que je réagisse, le mal était déjà fait. Cette nuit-là, j’étais chez ma copine égyptienne. Je ne pouvais plus parler, ni penser, ni rien du tout. Ma douleur aux viscères était devenue incroyable. Le studio de ma copine faisait peut être vingt mètres carrés. Je me déplaçais à genoux entre le lit et les toilettes (dans une espèce de box dans lequel un homme ou une femme de plus de 65 kilos ne pourrait entrer). Dans les toilettes, je ne savais pas ce que je devais faire, avancer la bouche vers la cuvette pour éventuellement vomir ou présenter mon derrière pour éventuellement n’arriver à rien faire. Je ne pleurais même pas, je ne gémissais pas. La douleur était au-delà de toute expression, de tout gémissement. Je ne faisais que marcher à quatre pattes. Ma copine n’y tenant plus appela les pompiers qui arrivèrent aussitôt. Et malgré mon état plus que second, je me faisais la réflexion suivante en voyant l’un d’eux « Mince qu’est ce qu’il peut être beau ce mec ! ».  Le beau gosse décréta qu’il ne pouvait rien faire, mon état étant très grave ils n’avaient pas le droit de me toucher, (dommage, c’est bien ma veine me dis je) on devait donc appeler un médecin pour qu’il autorise mon déplacement.

Une fois arrivé ce dernier me demande ce qui m’arrive, je lui réponds que c’était peut-être une appendicite (j’avais bien imprimé ce que m’avait dit le jeune médecin des urgences). Le docteur essaie de me toucher le côté, se trouve face à un bloc de pierre,  et dit : « On en est plus à ce stade je crois ! ». Il appelle illico une ambulance, un quart d’heure plus tard, un grand noir se présente-la chambre de ma copine était déjà full- tout en sueur, j’ai oublié de préciser qu’Aïda (non, ce n’est pas un cliché), habitait au 6ème sans ascenseur et qu’il y avait de surcroît un étage supplémentaire, appelé entresol mais qui comportait deux marches de plus que les autres étages, un étage magique en quelque sorte.

Le grand noir sympathique-décidément ce soir là je trouvais tout le monde sympathique– me prit dans ses bras et descendit les escaliers avec moi. Les deux infirmiers me calèrent sur le brancard, firent monter Aïda et nous primes la route de l’hôpital du 11è arrondissement, c’est-à-dire, encore une fois Saint Antoine (Merde, j’espère qu’ils ne vont pas me tuer). Mais une fois arrivés ceux-ci nous redirigent vers une autre clinique pour je ne sais quelle défaillance. Autre ambulance, autres infirmiers, autre déménagement. Finalement j’arrivais à la clinique Léonard de Vinci (si c’est pas un signe, qu’est ce que c’est ?).

Témoignage 2

17 mai 2016

Une de ces malheureuses nuits je fus hospitalisée à Saint Antoine, voyant l’état dans lequel j’étais ils préférèrent me garder et m’ « observer ». D’ailleurs c’est tout ce qu’ils furent capables de faire, m’observer  🙂 Je fus placée dans une chambre de l’hôpital, on dirait l’une de nos cliniques, juste pour y passer la nuit. Parfois quelqu’un venait me poser des questions, mais on aurait dit que c’était pour la forme. Puis, on ramena une vieille dame pour occuper le deuxième lit. Je compris que la dame était perdue, que la police l’avait retrouvée, mais pas identifiée et ils l’amenèrent à l’hôpital car elle fit un malaise dans la rue. Elle n’arrêtait pas de jacasser, et moi dans mon état déplorable, je fis pourtant mon possible pour l’aider. Parfois elle me parlait comme si elle me connaissait, et parfois elle se tournait vers moi, me regardait d’un drôle d’air en disant : Oh, mais qui êtes vous à la fin ? Non, mais !!!

Plusieurs fois elle eut envie d’aller aux toilettes et comme elle se déplaçait difficilement je l’y emmenais, moi pliée par la douleur et elle par l’âge.

Finalement la nuit se passa, en discussions, hébétements, plaintes, allers retour des infirmières, etc…

Le lendemain le chef de services nous visita, elle posa pas mal de questions à la dame, j’en trouvais une bonne partie, idiotes. Il était clair que la dame souffrait d’Alzheimer, et pourtant je sentais le médecin en train de creuser pour voir de quoi elle souffrait.

Puis elle s’occupa de moi, et c’est là qu’elle me proposa son fameux lavement, que je refusais –par intervention divine, par intuition, par paresse, par envie-de-me-tirer-de-là-le-plus-vite-possible- qu’en sais je ?

Témoignage 1

17 mai 2016

Imaginez quelqu’un qui souffre depuis une quinzaine de jours, des nausées, des picotements dans le ventre, le fait de ne pas se sentir normale, des crampes, mais qui marche parle, interagit normalement avec les gens, le boulot …etc. Puis vint le temps de retourner à Paris pour chercher ma voiture. Je pris l’avion, et j’arrivais en France. Une fois sur place les choses s’accélérèrent. J’avais mal tous les soirs et je vivotais le jour.

Nuit après nuit je visitais les urgences, les médecins de garde, les médecins internes, les hôpitaux. Une nuit je fus hospitalisée, une autre on me garda jusqu’à une heure du matin. Sans résultat, sans compter qu’on a failli me tuer. A Saint Antoine, la doctoresse, chef de service, une idiote pure et dure, ne sachant de quoi je souffrais et n’y comprenant rien me proposa de me faire un lavement. Heureusement que je refusais. Plus tard j’appris que ce traitement m’aurait envoyée direct au ciel (ou en enfer).

Jour après jour je faisais des analyses de tous mes fluides et aussi mes solides, souvent accompagnée par une amie ou un ami. Nous marchions ensemble, moi pliée par la douleur. J’allais récupérer les résultats, j’allais voir d’autres médecins, dans leurs cabinets cette fois ci. Plusieurs faillirent me convaincre que j’étais atteinte de tourista. Venant d’un pays de l’Afrique du Nord, et y étant retournée pour quelques semaines, je ne supportais plus l’alimentation ni le climat de mon pays. Chose à laquelle je ne crus pas.

Bref, aucun médecin ne devina de quoi il s’agissait. Parce que j’avais l’impression qu’ils devinaient plutôt que de mettre en pratique leurs études, ou bien utiliser leurs machines, radio, scanner, écho, et j’en passe. Je souffrais presque tout le temps, mais je continuais à vaquer à mes occupations, pour lesquelles j’étais retournée en France. Toutes les nuits pourtant, la souffrance devenait presque intolérable. Un troisième type de médecin se déplaça chez moi, enfin là où je créchais cette nuit là, chez une amie ou un autre. Un médecin en particulier, ne sachant quoi faire, m’injecta un anti-douleur puissant, dans les fesses. Pour un moment j’oubliais ma douleur au ventre et me concentrais sur la nouvelle douleur, la pire injection de ma vie. J’en porte encore la cicatrice. La main la plus lourde que j’aie jamais connue.

#3Janvier1984 Je n’oublie rien Je ne pardonne rien

3 janvier 2016

Hier je me suis dit : demain, je n’écrirai rien
j’en ai marre je suis fatiguée de célébrer un anniversaire qui ne doit pas être célébré
je suis fatiguée, ça ne sert à rien
il ne reviendra pas
il ne m’entendra pas
pas la peine d’en rajouter
cette journée sera aussi merdique que les autres années
une journée que j’ai envie de faire disparaître de mon calendrier
une journée où je suis triste, déprimée, carrément invivable
mais voilà : je me suis endormie
et j’ai fait un rêve
je me suis réveillée en sanglots
si j’étais écrivain je l’écrirai
mais même Tolstoï ne pourrait pas
si j’étais réalisateur j’en ferai un film mais même Lucas ne pourrait pas
J’ai rêvé qu’il était vivant
mais je savais qu’il était mort
vous connaissez le trop-plein de tristesse qui remplit parfois le cœur?
au point d’avoir l’impression qu’il va éclater?
c’était ça!!!
Il me semble qu’il s’est fâché et qu’il est venu me visiter
on dit ça parfois des rêves
Vivre sans père c’est vivre un handicap
certes invisible mais bien là
les gens s’y font
mais pas toi
une partie de toi s’en va qui ne reviendra jamais
quelqu’un m’a dit ce matin : les grandes douleurs sont muettes.
Oui, la plupart des jours de l’année
mais pas aujourd’hui
aujourd’hui j’ai envie de le crier sur tous les toits
envie de hurler de douleur
envie de faire payer
On t’a tué et on s’en est tiré
Je n’oublie rien
Je ne pardonne rien.

Une vie de bobos

15 novembre 2015

La vie est faite de bobos.
Des petits bobos
Des grands bobos
Des bobos soudainement fatals
Et les bons moments? me diriez-vous,
Eh bien, c’est entre-temps…les bobos.

La lune, la brise et le village

3 juillet 2015

Il était une fois un village, tranquille, qui ne connaissait pas d’évènement majeur, ni cataclysme, ni inondation, ni peste, ni ouragan. Un jour il se mit soudain à faire chaud, très chaud, anormalement chaud. Les villageois attendirent le soir, qu’une brise fraîche puisse les soulager mais elle ne vint pas. Le lendemain il fit encore plus chaud. Les villageois se cantonnèrent dans leurs chaumières et nul ne sortit travailler les champs, ni conduire le bétail aux pâturages, ni les femmes faire leur lessive et l’étendre au soleil, ni rien. Le soir ils sortirent de leurs maisons comme des fauves de leurs tanières, éprouvés par la chaleur sèche.  Quand soudain un homme regarda dans le ciel et s’exclama :

-Mais où est la lune ?   Elle devrait pourtant être pleine ce soir !

-Oui, dit un autre, il y a à peine une quinzaine, c’était la nouvelle lune.

-Il n’y a pourtant pas de nuages, renchérit un troisième.

-Ni étoiles, dit un autre. Regardez. Il pointait son doigt vers le ciel.

Les villageois s’inquiétaient. Le ciel était effectivement vide de tout astre connu ou inconnu. Aucun nuage non plus. Et la chaleur qui ne cessait d’augmenter.

-C’est Dieu qui nous punit, dit le sage du village. Il faut retrouver la lune.

-Mais comment ? questionna l’un d’entre eux.

-Nous allons demander au vent de la chercher, dit la femme du chef. Le chef du village n’étant pas le sage et n’ayant pas parlé jusqu’ici.

-Comment ?

-Nous allons faire une prière commune, répondit encore la femme.

Le sage semblant être d’accord avec cette idée tous les villageois s’agenouillèrent et commencèrent à prier, chacun pour soi, essayant d’invoquer le vent.

Quand tout à coup une légère brise se leva.

-Je suis là, dit le vent. Et je vous ai entendus. Que me donnerez vous si j vous ramène la lune.

-Une chèvre, proposa un villageois nanti.

-Des légumes, dit un autre.

-Du blé, dit un troisième.

-Les bijoux de toutes les femmes du village, proposa la femme du chef.

Et ainsi de suite. La brise attendit que les propositions cessent.

-Je n’ai que faire de vos babioles, dit la brise. Ni de vos légumes, ni de votre bétail, vous savez tous que je ne me pare pas, ni me nourris.

-Que veux-tu alors ? lui demandèrent-ils.

-Je veux la garantie que vous me laisserez souffler de temps en temps et que vous ne m’invoquiez pas, que je vienne vous rafraîchir. Je veux aller voir d’autres contrées et d’autres villages. D’autres cieux que le vôtre.

Le sage renifla une mauvaise affaire, mais les villageois s’empressèrent d’accepter, surtout qu’ils ne perdaient pas leurs précieuses victuailles et autres babioles.

La brise s’en fût, laissant tomber sur le village une vague de chaleur similaire à une chape de plomb. Elle traversa les champs, monta les collines, traversa les rivières, se trouva au sommet de montagnes, s’imprégnant des senteurs des arbres et de la végétation, elle voyagea longtemps et chaque nuit elle guettait la lune. Jusqu’à ce qu’elle atteigne une contrée lointaine, au milieu de l’océan. Elle attendit le coucher du soleil et quand la nuit tomba elle vit la lune suivie de tous les astres, plonger dans l’océan et en ressortir comme pour prendre un bain.

-Ô lune, dit la brise. Pourquoi as-tu quitté notre village ?

-Mais, cela me semble évident, répondit celle-ci. Il y fait très chaud depuis quelque temps et j’ai décidé de prendre des vacances.

-Mais reviendras-tu ?

-Bien sûr, je ne peux m’éterniser et puis mon mouvement est réglé, je ne peux m’absenter longtemps.

-Bien, dit la brise, car les villageois sont inquiets et tu leur manques. Ils croient que c’est Dieu qui les punit.

-Ils sont si simples d’esprit, dit la lune, ils ne comprennent pas ce qui leur échappe. Mais ils sont gentils. D’ailleurs j’y retourne de ce pas.

Et en plongeant une dernière fois dans la fraîcheur bienfaisante de l’océan, accompagnée de tous les astres, la lune revint au village toute dégoulinante et apporta la pluie. Les villageois en furent tous contents. Non seulement leur lune et les étoiles étaient revenues, mais en plus il pleuvait une eau salée très fraîche. Si bien qu’ils firent la fête jusqu’au matin.

Mais la brise ne revint pas. Elle avait pris goût à la liberté acquise et abandonna le village une fois pour toutes. En laissant la porte ouverte aux vents violents et autres ouragans.

Histoire de chiffres pas toujours d’accord

1 juillet 2015

Un jour le 1, le 2, le 3, le 4… et le 9 étaient réunis en train de discuter qu’ils virent arriver une nouvelle figure qu’ils ne connaissaient pas, toute ronde et lisse, sans angles.

-Qui es tu ? demanda le 2.

-Je suis le zéro, un nouveau chiffre.

-Et que veux-tu ?

-Je veux me joindre à vous, répondit-il.

-Mais quelle est ton utilité ?

Je signale ici que c’est toujours le 2 qui parlait pour les autres.

-Oh, je suis très utile, avec moi vous pouvez constituer des nouveaux nombres, dont vous n’aviez pas idée, des chiffres ronds, des dizaines, des centaines, des milliers et plus encore.

Les autres chiffres se concertèrent, ils formèrent un cercle et discutèrent entre eux.

-Pour négocier avec lui, il nous faut un médiateur dit le 1.

-Oui mais qui ? demanda le 6.

-Moi proposa le 5, je suis un bon médiateur, je me trouve au milieu, y en a 4 avant moi et 4 après moi.

-Quelle idée ! ricana le 9, ça devrait être moi le médiateur, je suis le plus grand, donc le plus vieux, je devrai vous représenter.

-Tu es tellement vieux que tu n’as plus toute ta tête, dit le 1. Je suis le mieux placée, le premier, je divise tous et aucun d’entre vous ne me divise. Je devrais être votre Président.

-C’est quoi cette histoire de diviser, dit le 2. Arrête tes stupidités, toi ajouté à toi ça fait moi, je suis alors mieux placé que toi selon ce point de vue.

-Et moi alors ? dit le 3, je suis un chiffre sacré pour beaucoup de religions.

-Ah le sacré, tais toi ! dit le 7, moi je suis un symbole de tout un pays et ça a duré 23 ans.

-En termes de perfection je suis le mieux placé dit le 8. Regardez ma ligne, je suis parfait, une ligne continue sans accrocs et sans angles et j n’ai ni début, ni fin, d’ailleurs couché, je représente l’infini.

-Vous me faites rire dit le 6 qui se balançait sur sa base. Moi aussi je suis joli et je peux même vous confondre en me retournant sur ma tête.

-Tu ne confonds personne, dit le 9 et surtout pas moi.

Le 4 n’avait pas encore parlé, il se tordait encore les méninges pour trouver une formule.

-Bon alors ? cria le zéro. Avez-vous trouvé une solution ? Si vous n’avez pas besoin de moi je peux aller proposer mes services à quelqu’un d’autre.

-Toi ? Tes services ? Mais à quoi sers-tu ? Tu es nuuuuuuuul. D’ailleurs on peut rentrer d’un te tes côtés et sortir de l’autre ça n’ajoutera rien et n’enlèvera rien à notre valeur dit le 2.

-D’accord, dit le 0, je vais aller voir si ça peut intéresser les indiens.

-C’est ça oui, dit le 9, mais je te conseille de faire un régime d’abord.

Et c’est comme ça que le 0 s’en fut, et ne revint jamais laissant les chiffres arabes plongés dans des discussions sans fin et jamais d’accord sur quoi que ce soit.

Le roi et la montagne

15 juin 2015

Il était une fois un roi qui savait parler à la montagne.

un jour qu’il n’avait pas spécialement grand chose à faire, le roi se rendit au pied de la montagne et dit :

-Qui est le plus grand, Ô montagne, toi ou moi?

-Moi, répondit la montagne sans hésiter.

-Et qui est le plus puissant, toi qui ne bouge pas, ou moi le roi de cette magnifique contrée et des contrées voisines?

-Moi, répondit encore la montagne.

-Est ce que tu peux m’écraser? demanda encore le roi.

-Non, répondit la montagne, je n’ai pas de pied.

Le roi rentra dans son palais et convoqua tout de suite le chef de toutes ses armées.

-Tu vas réquisitionner tous les hommes de la ville en âge de travailler, de 10 à 60 ans, en plus de tous les soldats ainsi que les habitants de tous les villages voisins, et ils vont creuser, frapper la montagne et prendre tous les débris et les éparpiller ailleurs. Chacun sera payé un sou par jour. Tu me rendras compte le jour où le travail sera achevé.

Stupéfait, le chef des armées s’exécuta tout de même.

Le lendemain tous les habitants de la ville et de ses environs, ainsi que tous les soldats étaient à l’oeuvre. Ils commencèrent par le sommet. Certains brûlaient les arbres et la végétation, d’autres piochaient la terre pour l’adoucir, d’autres remplissaient de grands couffins avec leurs pelles et les plus costauds les transportaient pour les éparpiller.

Tous les jours dès le lever du soleil jusqu’à son coucher, les hommes travaillaient. Certains moururent à la tâche. D’autres naquirent, pendant que les femmes trimaient seules dans leurs maisons, préparant les repas de tous les hommes de la montagne.

Tout le monde était payé un sou par jour sur les trésors du royaume. Certains en étaient contents, car ils n’en gagnaient pas plus habituellement, d’autres mécontents car ils étaient bien lotis auparavant.

Cinq ans passèrent quand le chef des armées se présenta au roi :

-Le travail est achevé, votre majesté.

Le roi enfourcha son destrier et se rendit à l’ancien emplacement de la montagne, sauf que de montagne rien ne subsistait. Seulement une grande étendue aride.

Tout fier de lui et plein d’orgueil et de satisfaction il reprit le chemin du palais, quand soudain, il aperçut une haute montagne dont il n’avait pas connaissance. Il s’y dirigea.

-Alors qui est le plus grand de nous deux? demanda la nouvelle montagne.

-Toi, répondit le roi dépité.

-Et qui est le plus puissant?

-Moi répondit le roi, je t’ai écrasée.

-Tu as juste réussi à me déplacer, non sans avoir paralysé ton royaume en utilisant tous les hommes en âge de travailler, et en mettant à mal à la fois ton pays et tes trésors. Et sire, laisse moi te dire,

un jour viendra où tu mourras,

et tu seras enterré ici-bas,

et c’est moi qui t’écraserai,

par mon éternité.

L’écrin aux perles.

28 avril 2015

Toutes les nuits il faut que je me réveille au moins une fois, je ne connais pas de nuits au sommeil ininterrompu. Pour moi ça fait partie des fantasmes. Quand les garçons étaient encore bébés, ça m’arrivait jusqu’à une dizaine de fois par nuit ou plus.

Je me réveille souvent je pense, à la fin ou à l’interruption brutale des programmes rêvés.  Je ne connais pas de moments de perte de la réalité, je suis tout de suite consciente : où je suis, quel jour on est demain, ce qui s’est passé la veille,  …etc.

Quand je me réveille, c’est pour en fait passer un coup  de radar, écouter si tout va bien partout. Ou bien pour avoir un coup de génie. Une idée qui me semble tout de suite brillante, et alors j’essaie de l’attraper, de la noter dans ma mémoire pour pouvoir la réécrire le matin. Parfois ça marche et d’autres pas.

C’est comme un écrin ouvert avec une très jolie perle dedans. J’essaie d’attraper la perle, le matin, je la retrouve telle quelle splendide, ou bien plus petite, ou alors ébréchée, de moindre qualité. Quand on a une idée d’écriture il est rare de savoir la rendre comme elle existe dans notre esprit. Les paroles ne couvrent jamais totalement la pensée. La pensée est puissante, les mots sont souvent faibles. En tous cas en ce qui me concerne.