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Une brève histoire de mon père

29 avril 2013

Noury Bouraoui est un homme charismatique, beau, qui a de la classe. Né le 31 Mai 1922, d’un père Tunisien (Taieb Bouraoui de Sousse) et d’une mère Allemande (Anna Klee).

meme et taieb

 

 

zohra et papa

Il vit à Tunis et travaille comme interprète Allemand-Français, Allemand-Arabe, après maints petits boulots comme pigiste, journaliste, comptable…etc. Sa profession libérale, et le fait qu’il travaille surtout avec des Allemands lui a valu bien des inquiétudes pendant la 2ème guerre mondiale.

Marié à Kmar El Kamel, fille de Cheikh Mohammed El Kamel, et de Mariem El Béji. Il a six enfants, et je suis la petite dernière. J’étais la lumière de ses yeux et il était mon idole. Jusqu’à un certain âge je ne voyais et je n’aimais que lui. Je me suis réveillée à sa mort, le choc de ma vie et celui de tous ses enfants, de sa femme, de sa belle mère et de tous ses amis.

Tonton Nouri

 

Mon père menait une vie plus que tranquille, travaillait à son rythme, la plupart du temps avec des personnalités allemandes venus en Tunisie pour affaires.

bourguiba

Le 3 Janvier 1984 fût une journée noire pour pas mal de Tunisiens, et en particulier pour nous. Mon père, à son habitude est parti chercher ma mère au boulot, à l’hôpital Habib Thameur où elle était assistante sociale.  C’était l’heure du déjeuner. Ayant eu vent des événements dans la capitale, ma mère, ses collègues, ainsi que le gardien de l’hôpital ont essayé de le dissuader de prendre la route jusqu’à Khaznadar. « Pas possible rétorqua-t-il, nos enfants nous attendent pour le déjeuner et il faut qu’on y aille ». Sur le boulevard du 9 avril, il fût atteint à la tête par une pierre, lancée par un voyou qui venait de Mellassine, et décéda sur le champ par traumatisme crânien. La voiture, sans conducteur fit des tonneaux et ma mère fût tirée in extremis de la voiture en feu, par des témoins de la scène, qui à l’occasion en profitèrent pour l’alléger de quelques babioles, de son sac à main et de menu fretin dans la voiture. Elle s’en sortit avec une centaine de fractures, et un dommage psychologique perceptible à ce jour. De l’avis des médecins elle allait rester handicapée à vie, mais Dieu merci, ce ne fût pas le cas. Après deux ans de rééducation elle avait presque totalement récupéré.

Elle fût accueillie par Mohammed Mzali, après une certaine période, il versa quelques larmes de crocodile et la renvoya chez elle. J’étais là ! Des amis lui demandèrent s’il lui avait octroyé un dédommagement quelconque, mais non, ce n’était pas le cas. Un proche du gouvernement répondit officiellement de la manière suivante : « Elle n’a rien demandé ! ».

 

Un pseudo-procès fût organisé pour les quelques malfrats qui ont été capturés, et qui étaient d’une manière ou d’une autre impliqués dans l’accident. Je me souviens du nom de l’un d’eux « Kelb essabkha » sur lequel  l’accusation principale avait été retenue. J’étais aussi au tribunal, comme la plus jeune fille du défunt, et un élément pour susciter la pitié de l’opinion publique (enfin, je ne sais pour quelles raisons j’avais été amenée à accompagner ma mère lors de l’entrevue avec Mzali et par la suite lors du procès). Le juge me posa quelques questions anodines et ensuite nous partîmes, moi et ma mère en chaise roulante.

Oui, mais les gros malfrats couraient toujours, pour moi les responsables principaux étaient Bourguiba en premier lieu et Mzali et Driss Guigua en second lieu. Les deux premiers sont morts mais le troisième coule des jours paisibles à Hammamet dit-on. Jusqu’ici justice n’a pas été rendue, et m’est avis qu’elle ne le sera jamais.

Ma mère prit sa retraite immédiatement après les événements, et aucun soutien ne lui fût apporté.

papa

 

 

 

 

 

 

 

 

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Hommage à mon père*

29 janvier 2013

29 ans déjà
29 ans qu’il nous a quittés
29 ans sans lui
29 ans que je vis la moitié d’une vie
car l’autre est partie avec lui
Je n’écris pas ces lignes pour lui
Mais pour qu’il ne sombre pas dans l’oubli
Ceux qui croient que la vie est éternelle
Sachez donc qu’elle est trop vite finie
J’assimile à quelques jours le temps que j’ai passé avec lui
Quelques jours équivalant à l’infini
une tendresse, un amour, une complicité inouïs
Mais Dieu était bien content de nous l’avoir repris
Mon papa chéri
Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai
le restant de ma vie

(*)Chaque année, le 3 Janvier exactement j’écris un hommage à mon père, décédé ce jour là de l’année 1984.  Voici l’hommage de 2013.

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