Posts Tagged ‘Tunisie’

Coupable

14 décembre 2016

Ton père

Ton violeur

Ton juge

Et les témoins

T’ont déclarée

« Coupable »

Coupable d’enfance

Coupable de pureté

Coupable de faiblesse

Tu t’es laissée faire

Tu l’as séduit

Lui est innocent

Il s’est fait embobiner

Par ta candeur

Tu t’es fait convoiter

La luxure c’est toi

Lui n’est coupable de rien

A treize ans on peut mourir

Non pas une fois

Mais deux

La première quand tu es violée

Et la deuxième quand tu es mariée

Tu es entrée dans un tunnel sombre et sans fin

Jusqu’à la fin de tes jours

Tu subiras le même assaut

Au dessus de toi, il te forcera

Comme la première fois

Même cauchemar

Même torture

Jamais tu n’oublieras

Et ce sera ta punition

De t’être laissée faire

De t’être fait convoiter.

 

 

 

 

PS: En Tunisie (pays prétendument précurseur dans le droit des femmes) une petite fille, une enfant, a été violée. Ensuite, elle a été mariée à son violeur?!

Selon une loi barbare (227 du code pénal), si le violeur consent à se marier avec sa victime, toutes les charges sont abandonnées.

Si le mari veut divorcer avant 2 ans depuis la date du mariage, les charges sont reprises.

Si elle veut divorcer, on s’en fout.

Voici le fameux article :

Article 227 bis (Nouveau)

Est puni d’emprisonnement pendant six ans, celui qui fait subir sans violences, l’acte sexuel à un enfant de sexe féminin âgé de moins de quinze ans accomplis.
La peine est de cinq ans d’emprisonnement si l’âge de la victime est supérieur à quinze ans et inférieur à vingt ans accomplis.
La tentative est punissable.

 

Attention, on ne dit nulle part « viol« . On dit : « Je te fais subir un acte sexuel sans violences ».

Faire subir et sans violences, ne se conjuguent pas dans une même phrase déjà.

Et si je fais subir sans violences un acte sexuel à un enfant de sexe masculin? On fait quoi, je me marie avec lui?

Ou les garçons ne peuvent pas être violés? Ou alors on peut et on ne craint rien côté justice?

Quelque part il y a aberration. Et je suis enragée. Nous sommes plusieurs à être enragés. Mais nous sommes coupables aussi si on ne fait rien.

 

 

 

#3Janvier1984 Je n’oublie rien Je ne pardonne rien

3 janvier 2016

Hier je me suis dit : demain, je n’écrirai rien
j’en ai marre je suis fatiguée de célébrer un anniversaire qui ne doit pas être célébré
je suis fatiguée, ça ne sert à rien
il ne reviendra pas
il ne m’entendra pas
pas la peine d’en rajouter
cette journée sera aussi merdique que les autres années
une journée que j’ai envie de faire disparaître de mon calendrier
une journée où je suis triste, déprimée, carrément invivable
mais voilà : je me suis endormie
et j’ai fait un rêve
je me suis réveillée en sanglots
si j’étais écrivain je l’écrirai
mais même Tolstoï ne pourrait pas
si j’étais réalisateur j’en ferai un film mais même Lucas ne pourrait pas
J’ai rêvé qu’il était vivant
mais je savais qu’il était mort
vous connaissez le trop-plein de tristesse qui remplit parfois le cœur?
au point d’avoir l’impression qu’il va éclater?
c’était ça!!!
Il me semble qu’il s’est fâché et qu’il est venu me visiter
on dit ça parfois des rêves
Vivre sans père c’est vivre un handicap
certes invisible mais bien là
les gens s’y font
mais pas toi
une partie de toi s’en va qui ne reviendra jamais
quelqu’un m’a dit ce matin : les grandes douleurs sont muettes.
Oui, la plupart des jours de l’année
mais pas aujourd’hui
aujourd’hui j’ai envie de le crier sur tous les toits
envie de hurler de douleur
envie de faire payer
On t’a tué et on s’en est tiré
Je n’oublie rien
Je ne pardonne rien.

En attendant la Tunisie c’est ça!

5 mars 2013

Pour changer des billets noirs que je partage depuis quelque temps (ambiances politique et sécuritaire obligent), et pour changer les idées reçues peut être, voici quelques photos, prises par mes soins pour faire le tour de la Tunisie en 5 minutes. Du centre (ou presque) avec la ville de Zaghouan, au Sud avec les villages de Chebika et Tamerza, et puis on revient au Nord avec la ville de Bizerte).

Zaghouan, où ma soeur a la chance d’habiter. Un peu la Suisse de la Tunisie avec ses paysages verts et montagneux, sa neige en hiver, son calme.

 

 

zag6

 

zag

 

zag 5

 

Dans la vieille ville de Zaghouan on trouve des vieilles maisons avec des moucharabieh, une fenêtre typique.

Zag III

 

Le détail d’une porte.

zag II

 

Cap au Sud avec des photos de Chebika et Tamerza. Deux villages ensorcelants.

Palmeraie à Chebika.

Chebika palmiers

Vue sur le désert de Chebika.

Chebika

Une vue sur le village endormi, un village fantôme à quelques kilomètres de Tamerza.

649_1087969479250_8887_n

 

Détail du Village endormi.

1922_1088435730906_7767_n

Une cascade à Tamerza.

649_1087970519276_5253_n

 

1922_1088435810908_8259_n

Un canyon à Tamerza.

1922_1088435930911_9020_n

 

1922_1088435970912_9276_n

 

Cap au Nord avec la ville de Bizerte.

bizerte II

Le port.

Port Bizerte

 

Et pour finir voici une photo que j’ai prise à Haouaria, un village que j’adore, dans lequel je passe mes vacances chaque été. Cette photo est ma star, elle est très appréciée sur Panoramio. Quant à Haouaria, je ferai un billet spécial, tellement j’aime cet endroit.

éolienne

Je pleure

27 février 2013

Je pleure de ne voir que tes chantiers jamais finis

 

Je pleure de ne voir que tes cafés prospérer

Je pleure de voir autant de détritus s’accumuler

Je pleure tant d’incompétents aux sommets

 

Je pleure tant d’ignorance, tant d’ennui

Je pleure de voir tant de gens désunis

Je pleure de te voir Ô mon pays anéanti

 

Je te pleure, ma Tunisie, bien aimée.

L’artisan

9 février 2013

Abderraouf est un jeune homme de 27 ans, vivant à Tozeur. Souriant, affable, la peau mate et brûlée par le soleil du sud, il porte ses cheveux en catogan, est habillé de façon moderne mais il a les pieds nus.

Raouf2

Presque 4000 ans plus tard, il continue à faire le travail des anciens égyptiens, même technique, mêmes matériaux, mêmes outils. A la seule différence que lui, il cuit ses briques.

Accompagné de trois jeunes garçons, il extrait l’argile fournie par sa terre natale, la mélange avec de l’eau tirée d’un puits, travaille le mélange avec ses mains, laisse reposer une nuit et le lendemain il façonne les pierres en s’aidant d’un moule en bois valable pour la confection de quatre briques à la fois.

raouf3

Le moule

Il saupoudre les briques obtenues de sable, et laisse sécher au soleil. Une fois amassées 10000 briques, il les dispose dans un four à l’ancienne. Le nombre d’heures de cuisson décidera de la couleur de la brique. 9 heures pour une couleur brun clair, 18 heures pour une brique ocre rouge et 24 heures pour une brique de nuance verte.

raouf4

Démonstration dans le four.

Abderraouf m’a confié fièrement qu’il arrivait à confectionner jusqu’à 600 briques par jour. Il fait ce travail qu’il a hérité de son père et son père du sien. Contrairement aux jeunes de son âge, il ne cherche pas à quitter Tozeur et il aime ce qu’il fait. En même temps, il amuse les touristes qui viennent voir sa fabrique en calèche. Il leur explique tout le procédé et prend même la peine de créer des petits objets sur son tour de poterie, et de les offrir généreusement. Mon fils a eu droit à un chameau très réaliste.

Mais la vie risque de devenir encore plus dure à l’avenir. La ville de Tozeur veut récupérer son terrain et sa fabrique, car ils « gênent »! Le site est pressenti pour l’installation d’un nouveau parcours de golf en plein désert. Encore un parcours de golf qui viendra massacrer le paysage et consommer l’eau des villageois et des palmeraies.

Abderraouf n’a qu’un rêve, qu’on le laisse tranquille et que la ville de Tunis lui commande un grand nombre de briques pour un projet au Belvédère. Croisons les doigts. Moi en tous cas, je croise les doigts.

briques

Repose en paix Chokri Belaid

6 février 2013

Je voulais écrire aujourd’hui et peut être parler d’un ou deux projets que j’ai en tête. Mais les évènements en Tunisie en ont décidé autrement.

Ce matin vers 8 heures, un leader de l’opposition, secrétaire Général du Mouvement des Patriotes Démocrates (MPD, Al Watad), a été exécuté en sortant de chez lui pour se rendre à son travail. Il a juste eu le temps de monter dans sa voiture à côté de son chauffeur quand un jeune s’est approché de lui et a tiré à bout portant 4 fois, avant de s’enfuir sur une moto où l’attendait un complice.

D’habitude je ne fais pas dans la politique, mais on ne peut pas rester indifférent avec ce qui nous arrive depuis la « révolution ». Nous avons apparemment gagné en liberté d’expression, mais nous avons aussi gagné en violence.

Actuellement des manifestations fusent dans tout le pays. Les flics ripostent violemment. Je crains que ça n’aille crescendo. J’en ai rêvé ça fait deux ans, ça se met petit à petit en place.

Je pense que le parti au pouvoir veut rester au pouvoir éternellement,  mettre en place un régime théocratique digne d’Iran, car c’est le seul régime avec lequel il peut gouverner. Mais d’abord il faut éliminer les obstacles. Les opposants comme Chokri Belaid, ou Hamma Hammemi, ou Maya Jribi. Ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Ceux qui osent critiquer et appeler les choses par leurs noms.

Ensuite il faudra éliminer une partie de l’élite, les journalistes…

Mais le Tunisien se laissera-t-il faire?

Je crains que le Tunisien ne s’adapte finalement à cette violence, à ces dépassements, et qu’il ne laisse faire, et qu’il SE laisse faire.

Pour terminer, je dirais, repose en paix Chokri Belaid, Dieu fasse que tu reposes en paix maintenant. Dieu fasse que tes idées aient germé dans les esprits des Tunisiens. Dieu fasse qu’ils héritent de ton courage et de ton charisme.